
Henriette de Pusay, fille d’un armateur et amoureux de la mer, grandit librement à Saint-Malo, où elle apprend, en compagnie de son cousin Luc-Henri, à manier l’épée et à gouverner un bateau. Sa mère, désolée de ne pouvoir en faire une vraie demoiselle, décide de l’envoyer à la Maison d’Education de Saint-Cyr, tandis que Luc-Henri, dont Henriette s’est éprise, part au Collège Saint-Thomas de Rennes, pour se préparer à entrer dans les ordres.
A Saint-Cyr, Henriette se fait de nombreuses amies, mais elle ne s’habitue pas à une vie remplie de prières, et se laisse peu à peu dépérir… Elle obtient alors de rentrer chez elle, mais elle apprend que son père, ruiné et blessé à la bataille de La Hougue, y a également perdu son honneur.
Pire, son cher cousin Luc-Henri a quitté son Collège et s’apprête à épouser une riche veuve, Madame de Chamoiseau ! Sans dot, destinée au couvent, elle décide alors de s’embarquer sur un navire corsaire ! Déguisée en garçon, elle s’impose peu à peu dans l’équipage, grâce notamment à l’amitié de deux hommes, Basile de Bournonville et Fantin Rozon. A bord du Profond et de La Diligente, ou lors de l’attaque de Saint-Malo fomentée par les Anglais, elle fait preuve d’un courage exemplaire, qui lui vaut l’admiration de son capitaine, le sieur Duguay-Trouin, mais aussi l’estime du roi. L’honneur retrouvé, saura-t-elle aussi convaincre Luc-Henri de son amour ?
Illustration d’Aline Bureau.
Les corsaires sont les membres de l’équipage d’un navire civil armé, autorisé par une lettre de course (ou de marque : mandat délivré officiellement par un roi ou un gouvernement pour permettre à un capitaine corsaire de chasser sur les mers en son nom les navires ennemis), à attaquer en temps de guerre tout navire battant pavillon d’Etats ennemis, et particulièrement les navires marchands. Ils utilisaient souvent des navires de petite taille, rapides, maniables et discrets tels des flutes, pour exécuter des abordages en mer plus par surprise que par force.
La plupart du temps, le corsaire se mettait dans le sillage de l’ennemi pour ne pas être dans l’axe de ses canons. Un coup de semonce était tiré si le navire montrait qu’il se rendait en baissant son pavillon. On envoyait alors quelques hommes conduits par un officier prendre possession du navire ; sinon l’abordage avait lieu…
Les corsaires faisaient la guerre selon les même lois que les marins d’Etat, c’est-à-dire ceux de la Marine Royale : s’ils pouvaient s’approcher du navire ennemi par ruse en arborant un pavillon neutre ou allié, ils étaient obligés de hisser, à partir d’une certaine distance, le pavillon véritable. En cas contraire, il s’agissait d’une traitrise. D’autre part, ils respectaient la vie des prisonniers.
Les corsaires ne doivent pas être confondus avec les pirates puisqu’ils exercent leur activité selon les lois de la guerre, uniquement en temps de guerre et avec l’autorisation de leur gouvernement, contrairement aux pirates qui pillent les bateaux et attaquent même parfois les villes côtières pour leur propre compte. Capturés, les corsaires ont droit au statut de prisonniers de guerre.
René Trouin du Gué, dit Duguay-Trouin (10 juin 1673 à Saint-Malo - 27 septembre 1736 à Paris) est né dans une famille d’armateurs bretons. En 1689, il débute sa carrière de corsaire français et dès 1691, reçoit de ses parents le commandement d’une frégate. Son courage, le respect qu’il a gagné auprès de ses hommes, ainsi que ses nombreux combats en mer lui valent d’être remarqué par le roi Louis XIV, qui le fait entrer dans la marine royale. Ses victoires contre les Anglais, les Néerlandais et les Espagnols, au cours des guerres lancées par le roi, le font rapidement progresser dans la hiérarchie ; le roi décide également de l’anoblir pour le récompenser de ses services.
De toutes les expéditions de Duguay-Trouin, la plus célèbre est la prise de Rio de Janeiro en 1711. Les fortifications de cette place paraissaient inexpugnables. En onze jours elles furent toutes enlevées. Il forcera la ville à payer de lourdes rançons et à libérer 1000 prisonniers français.